La police fédérale belge est le niveau national de la police intégrée. Elle agit sur tout le territoire et prend en charge des missions spécialisées que les zones locales ne peuvent pas assumer seules. Comprendre son rôle, c’est comprendre comment la Belgique organise sa sécurité depuis la réforme de 1998.
Cet article fait le tour de la question : pourquoi cette police existe, comment elle est structurée, ce qu’elle fait au quotidien, qui la dirige et comment elle articule son action avec la police locale.
Naissance de la police fédérale en 1998
La police fédérale a été créée par la loi du 7 décembre 1998, dite loi sur la police intégrée (LPI), entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2001. Cette loi a fait disparaître trois corps qui coexistaient jusque-là : la police communale, la police judiciaire et la gendarmerie nationale.
Le déclencheur politique est connu. Les dysfonctionnements entre gendarmerie et police judiciaire mis en lumière lors de l’affaire Dutroux en 1996 ont rendu la situation intenable. La commission d’enquête parlementaire a recommandé en 1997 l’intégration des trois corps. Le 24 mai 1998, huit partis politiques signent l’accord octopus, qui scelle la réforme.
Les prémices remontent plus loin. Les tueries du Brabant entre 1982 et 1985, puis le drame du Heysel en 1985, avaient déjà nourri une critique sourde de la « guerre des polices ». Sur le terrain, la réforme est devenue réalité en 2002.

Une police intégrée à deux niveaux
La police belge fonctionne sur un principe simple : deux niveaux distincts, une seule logique d’ensemble. Le niveau fédéral opère à l’échelle nationale et supralocale. Le niveau local, organisé en 183 zones en 2024, couvre le terrain au plus près des citoyens.
Aucun des deux niveaux ne commande l’autre. Mais ils partagent les mêmes outils d’intégration. Selon la loi du 7 décembre 1998, tous les fonctionnaires de police belges relèvent d’un statut unique : mêmes règles pour la promotion, l’évaluation, la mobilité, la discipline, la rémunération et la pension. Un code de déontologie commun, fixé par l’arrêté royal du 10 mai 2006, s’applique à l’ensemble du personnel.
Le Plan national de sécurité (PNS) fixe les lignes directrices : ses objectifs stratégiques sont revus tous les quatre ans, les objectifs opérationnels chaque année. Une seule Banque de données nationale générale (BNG) sert de référence pour l’information policière opérationnelle, et la sélection comme la formation des policiers sont communes aux deux niveaux.
Selon le service officiel de recrutement de la police intégrée, le niveau fédéral et le niveau local forment ensemble la Police Intégrée, avec l’intégrité, le respect et l’ouverture d’esprit comme valeurs fondamentales.
Structure organisationnelle de la police fédérale
Selon la présentation officielle de la police intégrée, l’institution s’articule autour d’un commissariat général et de trois directions générales, complétés par des services centraux à Bruxelles et des services déconcentrés dans les arrondissements.
Le Commissariat général (CG) est l’organe de pilotage. Dirigé par le commissaire général, il assure la cohérence de l’action policière au niveau fédéral et garantit la coopération avec les services de police étrangers.
La Direction générale de la police administrative (DGA) regroupe les unités spécialisées en matière d’ordre public et de sécurisation. Selon les données publiées, elle comprend la direction de la sécurisation (DAB), la police des chemins de fer, la police de la route (Wegpolitie), la police aéronautique, la police de la navigation, l’appui canin, le service d’appui aérien (DAFA), la direction de sécurité publique et la direction de protection.
La Direction générale de la police judiciaire (DGJ) prend en charge les enquêtes spécialisées et supralocales : criminalité organisée, terrorisme, traite des êtres humains, criminalité informatique.
La Direction générale de la gestion des ressources et de l’information (DGR) gère les fonctions de support. Elle se compose de quatre directions : Personnel, Logistique, Information policière et moyens ICT, et Finances.
Au niveau provincial, le Directeur coordonnateur administratif (DirCo) coordonne l’appui fédéral aux zones locales pour les missions supralocales de police administrative. Le Directeur judiciaire (DirJu) dirige la police judiciaire fédérale déconcentrée.
Selon les données publiées, le niveau fédéral dispose d’environ 12 000 employés, dont 9 000 policiers et 3 000 membres civils. Le siège central est à Bruxelles. Les véhicules sont identifiables par leur stripping orange, contre un stripping bleu clair pour le niveau local.

Le commissaire général : Eric Snoeck depuis 2024
Le niveau fédéral est dirigé par le commissaire général, placé sous la double autorité des ministres de l’Intérieur et de la Justice.
Eric Snoeck dirige aujourd’hui l’institution. Il a d’abord occupé le poste ad interim à partir du 15 juin 2023, après la fin du mandat de Marc De Mesmaeker, puis a été officiellement désigné commissaire général par le gouvernement fédéral le 27 mars 2024.
Issu de l’ex-gendarmerie, Eric Snoeck a été directeur des opérations à la Police Judiciaire Fédérale d’Eupen puis de Liège, avant d’en devenir directeur judiciaire en 2012. En 2019, il prend la tête de la police judiciaire fédérale, d’abord ad interim, puis comme directeur général à partir de 2021.
Commissaires généraux de la police fédérale depuis 2000
| Mandat | Commissaire général |
|---|---|
| 1er décembre 2000 – 1er mars 2007 | CDP Herman Fransen |
| 1er mars 2007 – 24 mars 2011 | CDP Fernand Koekelberg |
| 24 mars 2011 – 1er mars 2012 | CDP Paul Van Thielen (f.f.) |
| 1er mars 2012 – 1er mai 2018 | CDP Catherine De Bolle |
| 1er mai 2018 – 15 juin 2018 | CDP Claude Fontaine (Ad-interim) |
| 15 juin 2018 – 15 juin 2023 | CDP Marc De Mesmaeker |
| 15 juin 2023 – | CDP Eric Snoeck |
Missions de la police fédérale au quotidien
Selon la présentation officielle de la police intégrée, l’institution exerce trois grands types de missions : des missions spécialisées de police judiciaire et administrative, des missions d’appui aux corps locaux et la représentation des services de police belges à l’international.
Sur le volet police administrative, le niveau fédéral assure la sécurité dans les zones et flux qui dépassent une seule commune : autoroutes via la Wegpolitie, gares et trains via la police des chemins de fer, aéroports via la police aéronautique, voies navigables via la police de la navigation. Il peut mobiliser des unités spéciales et sécuriser des sites sensibles lors de grands événements.
Sur le volet police judiciaire, la DGJ lutte contre les phénomènes criminels qui dépassent les frontières d’une zone par leur ampleur, leur caractère organisé ou leur nature complexe. Cela inclut l’immigration illégale organisée, la traite des êtres humains, les délits de violence grave, le blanchiment, la fraude, la corruption, les bandes organisées itinérantes, la production et le trafic de drogue, la criminalité informatique grave et le terrorisme.
L’appui à la police locale prend des formes très concrètes : hélicoptères, arroseuses, police à cheval, appui canin, maîtres-chiens spécialisés, renforts en personnel lors de manifestations d’envergure ou de courses cyclistes traversant plusieurs zones.
Enfin, le niveau fédéral représente la police belge dans la coopération internationale, à travers la direction de la coopération policière internationale qui gère les relations avec les polices étrangères et les organisations internationales.
Une illustration récente : la deuxième action Étoile de 2026, menée du 20 au 26 avril, a permis de contrôler 2 294 personnes.

Police fédérale et police locale : qui fait quoi
C’est la question la plus posée par les citoyens.
La police locale assure les sept fonctionnalités de base sur le territoire de sa zone : accueil, travail de quartier, intervention sur appel, assistance policière aux victimes, recherche et enquête locale, maintien de l’ordre public et circulation routière. Selon les données officielles, la norme minimale est d’un agent de quartier pour 4 000 habitants, et 7 à 10 % de l’effectif opérationnel doit être affecté à la recherche et aux enquêtes locales.
La police fédérale intervient en complément : quand un phénomène dépasse une zone, quand une enquête requiert une expertise spécialisée, ou quand une opération demande des moyens lourds qu’une zone locale ne peut pas mobiliser.
Les deux niveaux travaillent sur des outils partagés. La BNG centralise l’information policière opérationnelle. Le réseau radio digital ASTRID assure la communication entre services de police et d’aide (101, pompiers, douanes). Les 11 Centres d’information et de communication (CIC) provinciaux prennent les appels d’urgence au 101 et dispatchent les équipes. Les Carrefours d’information d’arrondissement (CIA) font le lien entre les niveaux fédéral et local pour l’échange opérationnel.
Au total, selon les données publiées, le niveau fédéral réunit environ 12 000 personnes et le niveau local près de 35 000, dont 30 000 fonctionnaires et environ 900 membres du cadre administratif et logistique.
La police locale en zones et en chiffres
Le niveau local compte 183 corps en 2024, contre 196 à l’origine en 2002. Selon l’Union des Villes et Communes de Wallonie, cette baisse s’explique par des fusions en Flandre et, plus récemment, par la première fusion wallonne entre la ZP Binche-Anderlues et la ZP LERMES, qui ont formé la zone BAL en 2024.
La Wallonie compte aujourd’hui 71 zones. Selon les données de la Région de Bruxelles-Capitale, celle-ci en compte 6, et selon le Gouverneur du Brabant wallon, cette province en regroupe 10. Sur les 183 zones, 40 sont monocommunales, les autres étant pluricommunales. La taille des corps varie d’une cinquantaine de membres pour les plus petits à 2 800 personnes pour les plus grands.
Chaque corps est dirigé par un Chef de corps. Dans une zone monocommunale, il agit sous l’autorité du Bourgmestre. Dans une zone pluricommunale, il dépend d’un Collège de police composé des bourgmestres des communes concernées. Le Conseil zonal de sécurité réunit autorités administratives, autorités judiciaires (procureurs du Roi), chef de corps et niveau fédéral, et élabore le Plan zonal de sécurité.
Selon l’UVCW, chaque zone est financée par la dotation policière de chaque commune et par une dotation fédérale (dotation de base, dotation complémentaire depuis 2003, dotation sociale pour les ex-gendarmes). Depuis 2004, chaque zone reçoit aussi une dotation issue du Fonds de la sécurité routière, alimentée par les amendes de roulage.
Personnel, statut et recrutement
Le personnel est réparti en deux grands cadres : le cadre opérationnel des fonctionnaires en uniforme, et le cadre administratif et logistique (CALog) des fonctions civiles de support. Selon les conditions officielles d’accès à la fonction, les fonctions CALog représentent environ 20 % du personnel, du niveau A (universitaire) au niveau D (secondaire inférieur ou sans diplôme).
Le cadre opérationnel se divise en trois sous-cadres : cadre de base, cadre moyen et cadre d’officiers. Le statut est fédéral et, selon l’UVCW, principalement fixé par l’arrêté royal du 30 mars 2001, dit « statut mammouth », qui couvre traitements, recrutement, formation, stage, congés et temps de travail.
Pour entrer dans la police, le candidat doit être de nationalité belge, jouir de ses droits civils et politiques, présenter une conduite irréprochable et fournir un extrait vierge du casier judiciaire (modèle 595) datant de moins de trois mois. La procédure comprend quatre épreuves : aptitudes cognitives, sport, personnalité et examen médical. Selon le service officiel de recrutement, la Police Intégrée embauche environ 2 000 personnes par an à différents niveaux.

Contrôle et responsabilité de la police belge
La police belge est soumise à plusieurs organes de contrôle indépendants. Le Comité permanent de contrôle des services de police, dit Comité P, est l’organe parlementaire de contrôle externe. Il vérifie la conformité et la légalité de l’action policière et reçoit les plaintes des citoyens.
L’Inspection générale de la police fédérale et de la police locale (AIG) a été instituée par la loi du 7 décembre 1998. Selon les données publiées, elle est issue de la fusion de l’inspection de la police judiciaire et de celle de la gendarmerie, et dépend des ministres de la Justice et de l’Intérieur.
Chaque zone dispose en outre d’un Service de Contrôle interne (SCI) chargé d’analyser les plaintes et de coordonner les enquêtes internes. Selon les autorités fédérales de sécurité, un citoyen qui souhaite porter plainte peut s’adresser au corps de police, au SCI pour des questions éthiques, ou au Comité P. L’État belge est par ailleurs l’assureur en responsabilité civile des membres et véhicules du niveau fédéral : un dommage causé par une intervention peut donner lieu à une demande de remboursement auprès du SPF Intérieur.

Foire aux questions
Quelle est la différence entre la Police Locale et la police fédérale ?
Le niveau local prend en charge les missions de base sur le territoire de sa zone : quartier, accueil, intervention, assistance aux victimes, recherche locale, maintien de l’ordre et circulation. Le niveau fédéral traite les missions spécialisées et supralocales qui dépassent une zone, et fournit un appui opérationnel aux zones locales. Les deux niveaux sont autonomes, sans lien hiérarchique, mais partagent un statut unique, un code de déontologie commun et la même Banque de données nationale.
Où se trouve la Police Fédérale en Belgique ?
Le siège central est à Bruxelles. L’institution dispose également de directions et de services déconcentrés dans les arrondissements judiciaires sur tout le territoire, notamment des Directions de coordination et d’appui (DirCo) et des Directions judiciaires (DirJu) au niveau provincial.
Qui est le chef de la Police Fédérale ?
Le chef est le commissaire général. Depuis le 27 mars 2024, ce poste est occupé par Eric Snoeck, qui assurait déjà la fonction ad interim depuis le 15 juin 2023. Issu de l’ex-gendarmerie, il a dirigé la police judiciaire fédérale entre 2019 et 2023. L’institution est placée sous la double autorité des ministres de l’Intérieur et de la Justice.
Quelle est la mission de la Police Fédérale ?
Le niveau fédéral assure des missions spécialisées et supralocales de police administrative et judiciaire : lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme, la traite des êtres humains, la criminalité informatique, recherche de personnes disparues, sécurité sur les autoroutes, dans les trains, les gares, les aéroports et sur les voies navigables. Il apporte aussi un appui opérationnel au niveau local et représente la police belge dans la coopération internationale.
Quel est le rôle de la police locale ?
Le niveau local est chargé des sept fonctionnalités de base sur le territoire de sa zone : accueil, travail de quartier, intervention sur appel, assistance policière aux victimes, recherche et enquête locale, maintien de l’ordre public et circulation routière. Il peut aussi se voir confier ponctuellement des missions par le niveau fédéral.
Comment contacter la police locale ?
En cas d’urgence, le numéro à composer partout en Belgique est le 101. Chaque zone dispose d’un ou plusieurs postes ouverts au public. L’inspecteur de quartier est le premier contact pour les problèmes locaux non urgents. Pour les faits non urgents, des déclarations en ligne sont également possibles via le portail officiel.
Qui est le chef de la police locale ?
Chaque zone est dirigée par un Chef de corps, responsable de l’exécution de la politique policière locale, de la direction et de l’organisation du travail. Dans les zones monocommunales, il agit sous l’autorité du Bourgmestre. Dans les zones pluricommunales, il dépend d’un Collège de police composé des bourgmestres des communes membres.
C’est quoi la Police Locale ?
La Police Locale est l’un des deux niveaux de la police intégrée belge. Née de la loi du 7 décembre 1998 et opérationnelle depuis le 1ᵉʳ janvier 2001, elle résulte de la fusion des anciennes polices communales et des brigades territoriales de gendarmerie. Elle est organisée en 183 zones en 2024 et fonctionne sur une philosophie de police de proximité.
Quels sont les deux types de police en Belgique ?
La Belgique compte deux niveaux complémentaires : le niveau local, organisé en 183 zones couvrant une ou plusieurs communes, et le niveau fédéral, qui agit sur l’ensemble du territoire. Ensemble, ils forment la Police Intégrée instituée par la loi du 7 décembre 1998.
Qu’est-ce que la police intégrée en Belgique et quelles sont ses valeurs ?
La police intégrée est le système policier à deux niveaux créé par la loi du 7 décembre 1998. Elle fonctionne autour de trois valeurs fondamentales : l’intégrité, le respect et l’ouverture d’esprit. Tous ses membres partagent un statut unique, un code de déontologie commun et adhèrent aux principes de la fonction de police d’excellence.
Sources
Quiz d'entraînement, annales et guides pour chaque épreuve de sélection.



